Au secours, Houellebecq revient... Et il est encore meilleur qu'avant...

La carte et le territoire n'a besoin ni de journalistes, ni de têtes de gondole pour se vendre puisque tout le monde l'attendait depuis 5 ans. Cependant j'avais quand même envie d'en parler. Pour plein de raisons. Notamment parce que ce livre réactualise le petit texte Approches du Désarroi (dans le recueil Interventions), texte qui est véritablement un petit programme esthétique, théorique, intellectuel de l'oeuvre de Houellebecq. Tiens, d'ailleurs en googlant le texte pour trouver une image de la couv, je viens de découvrir que la mélenchosphère s'intéressait de près à l'analyse houellebecquienne de la société (pas eu le temps de tout lire, mais ça a l'air bien foutu !!!) Voilà qui donnera du crédit à la thèse selon laquelle Houellebecq serait un républicain anti-libéral de gauche (j'y reviens plus bas). 


Pour en revenir à mon article, c'est à lire sur Slate.fr, ici. L'article s'en tient à un seul des nombreux aspects de cette oeuvre : la question de la représentation du réel, à l'heure où certaines des plus paranoïaques théories sur la fin du réel semblent bien... se réaliser. 

Les Non Lieux de Houellebecq

Au programme de La carte et le territoire, beaucoup de cartes justement, moins de territoire...
Critique toujours renouvelée et toujours aussi juste du tourisme, ce succédané de voyage qui semble représenter le dernier espace de liberté dans un monde quadrillé par l'économie rationnelle et réduit à une unité ridicule par la rapidité de circulation des gens et des flux d'informations et d'images. Dans ce roman toutes les banlieues se ressemblent. Nice n'est pas très éloignée de la Californie (nom de l'avenue où réside un étrange chirurgien niçois), le terroir n'est pas tant ce qui échappe à l'étalement urbain qu'un parc d'attraction écologique sans cesse toiletté pour satisfaire les représentations que se font les étrangers de La France, Inc... 
Bienvenue nulle part ?

C'est drôle, et triste à la fois, comme souvent chez Houellebecq. Ce dernier a du mal avec la tertiarisation de l'économie, qui crée dans son imaginaire toujours plus de non-lieux (l'expression est de l'ethnologue Marc Augé) qui le fascinent et rendent la lecture de ses romans si déprimante : autoroutes, aires d'autoroutes, restaux grills d'autoroute, péages d'autoroutes, mais aussi aéroports, boutiques duty free, cafés wi-fi, intérieur d'Audi, hôtels. 


Un paysage houellebecquien ?

Extrait wikipedia : "Le non-lieu ne conserve l'ancien que sous la forme de la « citation » : ainsi sur les autoroutes, des panneaux indiquent la présence d'une curiosité historique que l'on ne voit pas et auprès de laquelle on ne s'arrêtera pas." La carte précède le territoire, donc, au point de s'y substituer. 

Pourquoi tant d'acharnement à s'attacher au prosaïque, à ce que personne ne voit de la modernité ? 
 
"Une poésie paradoxale, de l'angoisse et de l'oppression, a donc pu naître au milieu des hypermarchés et des immeubles de bureaux. Cette poésie n'est pas gaie; elle ne peut pas l'être. La poésie moderne n'a pas plus vocation à bâtir une hypothétique "maison de l'être" que l'architecture moderne n'a vocation à bâtir des lieux habitables..." (Approches du désarroi).

Photo de Gregory Crewdson, quand je lis Houellebecq, je pense à ça...

Néo-réac ou socialiste utopique ?

Un billet très pertinent du Monde proposait la nomination de Michel Houellebecq au poste de ministre de l'industrie. Pertinent, car la nostalgie de l'ère industrielle est souvent présente dans ses écrits. 

Je pense que plutôt qu'un néo-réac, Houellebecq est un rêveur, un utopiste. En témoigne ses longues et passionnantes digressions sur l'architecture utopiste du socialisme de Fourier, dans la bouche du père du "héros" de son dernier roman. Mal à l'aise avec le processus de rationalisation de la société, avec un libéralisme qui, une fois qu'il touche les consciences individuelles, encourage chacun à se vendre sur tous les marchés de la vie (Extension du domaine de la lutte), il ne donne jamais la moindre chance à cette modernité de vaincre le monde. A la fin, "Le triomphe de la végétation est total" : c'est la dernière phrase de La carte et le territoire